Colloque “L’expérience poétique et l’expérience de l’inconscient Souffle, inspiration, transfert”

novembre 2018

30nov09:00- 18:00Colloque "L’expérience poétique et l’expérience de l’inconscient Souffle, inspiration, transfert"Institut du Monde Anglophone - Sorbonne NouvelleType d'évenement:Colloques

Organisé par

UTRPP (EA 4403) - Université Paris 13 Villetaneuse et PRISMES (EA 4398 - Langues, Textes, Arts, Cultures du monde Anglophone) - Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle

Quand ?

30 novembre 2018 9:00 - 30 novembre 2018 18:00

Où ?

Institut du Monde Anglophone - Sorbonne Nouvelle

6, rue de l'Ecole de Médecine , 75006 Paris

Détails de l'événement

Présentation

Thomas Mann disait que la psychanalyse était un romantisme devenu scientifique. Nous pouvons effectivement entendre l’influence du romantisme allemand dans l’attention portée par Freud aux aspects qui excèdent le contenu des échanges conversationnels, dans le savoir qu’il reconnait dans le rêve ou le mot d’esprit ou encore dans ce qui relève selon lui d’une transmission millénaire ou d’une mémoire phylogénétique dans le geste ou le mythe. Aussi, au moment de fonder les bases conceptuelles de la psychanalyse, dans une volonté scientifique, c’est à partir du Sturm und Drang qu’il réussit à donner forme à l’énergie psychique qu’il reconnaissait jusqu’alors uniquement à travers les manifestations symptomatiques du corps érotique ou dans le transfert. Le concept fondamental de la métapsychologie, la pulsion, Trieb, porte cette marque d’origine et cette présence. Bien plus qu’une question sémantique, la discontinuité de cette énergie qui pousse à la limite du somatique et du psychique, qui lie et délie — la pulsion — rend compte de l’instabilité de la construction théorique freudienne mais aussi de sa manière d’en faire une source de création, d’invention, de renouvellement permanent.

Le rapport particulier à la langue et aux images à l’œuvre dans le rêve ou dans le mot d’esprit et activement mis au travail par Freud par la technique de l’association libre, s’appuie aussi sur le modèle pulsionnel d’une production corporelle, un son, devenu langage dans le rapport à un autre. Cette manière d’envisager la langue n’est pas sans rapport à l’Ach inaugural faustien : la signification est créée par l’onomatopée, le « ooo – aaa » du bébé devenu mot et symbolisation dans l’observation freudienne associant à jamais la langue à la valeur poétique du son, du silence, du rythme.
Dépassant la dimension formelle de signification des mots, la narrativité du contenu langagier, la psychanalyse établit un rapport poétique à la langue. Ainsi, Freud parle du rêve comme déclamation poétique et ne cesse pas d’invoquer la manière dont seul le poète peut rendre compte pour parler de la dimension insaisissable de l’affect. Il n’est pas étonnant, par la suite, de trouver cette même évocation chez Bion, Winnicott ou Ferenczi lorsqu’ils constatent l’impossibilité de réduire à une communication écrite ce qui, dépassant les aspects purement formels, est à situer dans le registre de l’expérience. Pour Lacan, c’est en deçà de toute capture par les réseaux de l’énoncé, dans cette dimension poétique, que la psychanalyse « …fait sens de toutes parts… ». Nous voudrions nous pencher sur cette « énigmaticité » intrinsèque à la psychanalyse, qui est ce qui la rend créative, lui permettant de se référer toujours à l’expérience, faisant ses hypothèses dans l’après coup.
Dans la rencontre clinique nous sommes souvent confrontés à des mouvements informes, parfois violents du pulsionnel, notamment lorsque l’on touche le trauma, des contenus restés énigmatiques ou terrifiants, liés à la sexualité infantile. Cette clinique de l’informe et de la déliaison ne se manifeste que dans les mouvements transférentiels, en creux, et nous devons, en tant que cliniciens, mettre au travail toute notre capacité de figuration autour des silences, des inspirations, des rythmes et des souffles, de sa tonalité et sa tonicité, de la dimension diachronique du récit et de ses jeux métonymiques, des accents et accidents de la langue.

Deux questions s’ouvrent ainsi à nous. D’un côté, la dimension insaisissable du langage et de l’inconscient et que nous référons à l’expérience. Une partie de l’expérience demeure extérieure au récit par une question de limite de la pensée analogique et du dualisme âme/corps. La science exige cette séparation, nous mettant du côté de la pensée ou du pensé, sauf lorsque l’on se réfère à l’expérience. D’autre part, la transmission et l’interprétation nous confrontent à la nécessité d’en rendre compte, à trouver une manière de nous référer à ce qui est de l’ordre de l’expérience, de l’acte, ce qui excède le registre de la communication et de l’écrit. Notamment lorsqu’il s’agit de rendre compte de cette manière insaisissable par laquelle nous sommes affectés par la langue dans ce qu’on appelle transfert dans la cure, et qui exige des codes spécifiques de référence à la langue et à l’écrit. Encore une fois, Freud invoquait à cet égard la sorcière métapsychologique, dans une référence qui n’est pas sans rappeler le romantisme.
L’hypothèse que nous souhaiterions mettre au travail est celle d’affinités électives entre expérience poétique et expérience analytique : à cette fin nous entendons réinterroger ensemble les notions de souffle, d’inspiration, et de transfert. Il s’agira de questionner d’une part des catégories de poétique classique à la lumière de l’hypothèse de l’inconscient freudien, mais également de passer la découverte freudienne du transfert au crible d’une axiologie poétique. Ce qu’il s’agira in fine d’envisager est la part d’énigmaticité à l’œuvre de la création littéraire qui n’a pas cessé de hanter Freud.

Nous pouvons alors nous demander en quoi les poètes et les écrivains romantiques nous aident à penser cette figuration de la langue, à saisir l’insaisissable de l’expérience analytique. Comment l’écriture de la clinique, dans son lien à une théorisation, reste vivante, dynamique et créative grâce à cet échange avec la littérature autour de la langue ? Peut-on penser le transfert comme relevant d’une mystique romantique ? Peut-on penser autrement les catégories d’inspiration, de transfert, de l’insaisissable de la langue à l’aune de l’hypothèse de l’inconscient ?
Nous voudrions faire de ce colloque un espace d’échanges transversaux et interdisciplinaires entre chercheurs et jeunes chercheurs de nos deux laboratoires. Ainsi, trois enseignants chercheurs de chaque laboratoire discuteront avec trois jeunes chercheurs intégrant des aspects artistiques, cliniques, épistémologiques et méthodologiques, toujours en lien avec la dimension créatrice de la langue. Dans ce but, nous lançons un appel à communications.

> Télécharger l’affiche
> Télécharger le programme
> En savoir plus

UTRPP

menu-mobile

logoUTRPP