La problématique addictive représente-t-elle  un  paradigme privilégié pour éclaircir le mystère des fonctionnements  limite ? Avec les borderline, ne sommes-nous pas en effet toujours en présence d’un narcissisme de débordement des limites à la fois corporelles et psychiques, visibles parfois à l’œil nu mais se déployant  également dans les coulisses du monde inconscient ?
Un des maîtres-mots de  l’addicté et du  borderline n’est-il pas celui de confusion ? Confusion entre tendresse et passion, enfance et âge adulte, auto-érotisme infantile et l’Eros adulte, mais aussi entre les instances psychiques, affect et sensation, sensation et hallucination, acte et parole, mot et pensée, forme et informe, faim et amour, coup et après-coup, rêve et réalité ? Confusion, enfin, entre remède et  poison, quantité et qualité, entre cru et cuit, masculin et féminin, plaisir-douleur et jouissance, transitoire et transitionnel, entre esclavage et  domination, entre interdit et transgression, entre l’abîme des secrets trans-générationnels et la platitude des familles monoparentales ?   Est-ce pour cela que leur univers s’associe parfois facilement avec le monstrueux et le grotesque, qui eux aussi font fi des délimitations limpides ?
Ce bouleversement des limites – induit parfois par l’ingestion d’une substance  ou par le simple accomplissement  d’une activité contraignante

– ne s’associe-t-il pas toujours à une  oscillation des humeurs et des sensations,  ne rappelle-t-il pas  le contraste entre  la démesure maniaque et la  petitesse mélancolique, la jouissance  orgastique et la  « tristesse » post-orgastique et finalement, entre l’épanchement érotique avide d’immortalité et d’indestructibilité face au silencieux poison de la pulsion de mort ?
Dans sa tendance vers l’extériorisation des conflits mettant en péril la fermeté des enveloppes psychique et corporelle, l’addiction, comme risque de dépersonnalisation au sein d’un   état d’esclavage, n’est-elle  pas finalement devenue, à partir de sa position manifestement marginale dans l’œuvre de Freud,  un des éléments centraux de la réflexion nosologique moderne ?
Car, comme Freud l’avait pressenti dans Le malaise dans la culture et Baudelaire avant lui dans Les paradis artificiels, l’ivresse naturelle ou artificielle de l’humain est l’indice le plus sensible de ce qu’une culture possède de sauvage et de destructeur au sein même de ses conquêtes civilisatrices les plus sublimes.

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