Colloque « Accueillir l’ailleurs : se penser autre en contexte plurilingue »
Présentation
Accueillir l’ailleurs, quand il s’agit d’une confrontation au plurilinguisme, peut d’abord nous renvoyer à la langue comme première forme de l’hospitalité. Mais l’ambivalence étymologique du terme hostis, qui est à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu, met en évidence les incertitudes d’une rencontre qui est par définition expérience d’altérité.
Toute langue s’enracine dans un arrière-plan culturel et affectif. Elle est à la fois objet intime, chargé d’émotions et de mémoire, et outil de communication permettant l’entrée en relation. L’apprentissage de la langue du pays d’accueil constitue ainsi un processus central pour les enfants et les adolescents migrants, mais aussi pour les professionnels : il engage des dimensions cognitives, sociales et identitaires, mais aussi un travail psychique de déplacement et de transformation de soi. Se penser autre en milieu plurilingue implique une élaboration complexe, soutenue — ou entravée — par les cadres institutionnels.
Apprendre la langue de l’autre, vivre ensemble – quels défis pour les enfants et adolescents cette expérience transitionnelle mobilise-t-elle en situation de migration en Europe et dans le monde ? Quels relais institutionnels permettent d’accompagner cette rencontre avec l’altérité ?
La rencontre d’autres langues et d’autres cultures constitue une expérience anthropologique fondamentale. Toutefois, dans les contextes de migration et d’exil, cette rencontre prend une intensité particulière : elle engage l’identité, la mémoire, la transmission et les appartenances. L’accueil d’enfants, d’adolescents et de familles venus du monde entier confronte les institutions éducatives à des défis à la fois pédagogiques, psychiques, sociaux et politiques.
Si les parcours migratoires sont marqués, pour nombre de sujets, par des difficultés matérielles, des ruptures et parfois des traumatismes, l’arrivée dans un pays d’accueil ouvre également un espace de possibles, de recomposition et de création. L’école devient alors un lieu stratégique : espace d’apprentissage linguistique, mais aussi scène de reconnaissance, d’inclusion ou, parfois, d’exclusion.
Or, les traditions de plurilinguisme diffèrent sensiblement entre les pays européens et à l’international, tout comme l’histoire et la nature des migrations qui les ont traversées. Les dispositifs d’accueil y sont hétérogènes : classes spécifiques ou inclusion directe, modèles transitoires ou dispositifs pérennes, diversité des formations des enseignants et des autres professionnels (travailleurs sociaux, psychologues, équipe de direction). Les orientations politiques – inclusion, intégration, assimilation, acculturation – constituent des arrière-plans idéologiques qui façonnent les pratiques et les représentations professionnelles.
Auditorium 250, Centre des colloques, Campus Condorcet
