Séminaire interuniversitaire “Traumatisme, mort et sexualité. Pour un vocabulaire du traumatisme”
Présentation
Après avoir exploré, lors du séminaire inaugural, la dialectique entre traumatophilie et traumatophobie qui structure métapsychologiquement le rapport au traumatisme des sujets et des groupes, nous souhaitons, pour ce second temps d’échange, interroger le vocabulaire conceptuel qui tente de circonscrire et d’éclairer la complexité (Morin) du traumatisme psychique.
Traumatisme, traumatique, trauma, psychotraumatisme, syndrome de stress post-traumatique, traumatisation, traumatisme vicariant, traumatisme cumulatif, traumaverstissement, traumatologie… Les lexies se multiplient au gré de l’évolution des paradigmes (Kuhn), s’inscrivant
dans des contextes socio-historiques et épistémologiques mouvants, à l’image des modalités de souffrance qui, à l’affût des niches écologiques (Hacking), trouvent des voies d’expression symptomatiques privilégiées.
Dans cette volatilité des phénomènes et des concepts, la précision du vocabulaire et des signifiants permet-elle d’approfondir plus subtilement la compréhension des phénomènes ? Ouvrisque-t-elle, au contraire, d’en réduire fallacieusement la complexité ? Cette profusion ne courtelle pas le risque de générer une confusion clinique et scientifique ? L’exploration du traumatisme psychique, fondateur du champ de la psychologie moderne, a également conduit à la vulgarisation du signifiant, qui s’est répandu dans la langue vernaculaire et la sphère publique et médiatique. Quels imaginaires (Bachelard), quelles « pénombres d’associations » (Bion) teintent nos représentations et sous-tendent nos modèles théoriques du traumatisme ?
Dans la logique du séminaire, qui explore les dynamiques traumatophilique et traumatophobique — entre tabou et ostentation —, les concepts, en choisissant (consciemment ou inconsciemment) un vertex (Bion) singulier pour saisir les phénomènes étudiés, laissent nécessairement un reste en négatif, une ombre, un angle mort épistémologique dont il faut se méfier. Le traumatisme psychique, en homologie avec son objet, se caractériserait par l’impossibilité de mettre des mots
sur un vécu pour le transformer en expérience, car le réel excède le langage. Nous ne devons pas nous y tromper : les mots du traumatisme ne peuvent qu’éclairer, de manière parcellaire et incomplète, les processus à l’œuvre.
Plutôt que de viser à établir un vocabulaire ou un lexique faussement exhaustif du traumatisme, nous proposons de nous mettre au travail pour explorer les modèles préconscients, voire inconscients, qui sous-tendent notre appréhension du phénomène. Il s’agira de procéder à une « psychanalyse de la connaissance objective » (Bachelard) afin de débusquer nos imaginaires — tantôt heuristiques, tantôt leurrants —, qui façonnent et fascinent notre (in)compréhension du traumatisme psychique. Notre méthode reposera sur une invitation à la libre association et au partage d’expériences cliniques pour questionner nos modèles, nos pratiques, mais aussi les enjeux cliniques qui les guident.
Inscription obligatoire en présentiel ou en distanciel (à préciser dans le mail) : delphine.peyratapicella@univ-paris13.fr
Lieu : Salle 0.010, Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet
